21.08.2026
Temps de lecture 3 min

Observation de chants homophobes lors de la finale de la Coupe de France

En tribune avec les observateurs de la lutte contre l'homophobie lors de la finale de Coupe de France : « On n'a pas entendu de chant insultant »

« Je dois vous avouer : on n’entend pas tout. Et c’est vraiment très compliqué. » Deux heures avant le coup d’envoi, Michel Bortot, délégué à la finale de la Coupe de France remportée par Lens contre Nice (3-1), discute avec le groupe d’observateurs de la FFF, qui a pour mission de lutter contre l’homophobie dans les stades. « Une mesure pragmatique », précise le directeur général de la Fédération, Jean-François Vilotte, en ajoutant que le « dispositif comprend un représentant de la FFF, un second des délégués, et un troisième du milieu associatif ». Le briefing dure environ dix minutes, avec des échanges clairs et des consignes précises.

« Nous ferons un point toutes les quinze minutes et nous vous solliciterons si nous entendons quoi que ce soit », annoncent les observateurs. Ce dispositif commence à se structurer. La FFF a lancé cette expérimentation fin décembre lors du 32e de finale entre Grenoble et Nancy (1-1, 3-5 aux t.a.b.), un match par tour, comme Marseille-Rennes (huitièmes, 3-0) ou Lens-Toulouse (demies, 4-1). Assis près du délégué, les observateurs peuvent alerter en temps réel s’ils entendent un chant problématique. Ils ont également accès à un rapport pour identifier des comportements haineux ou discriminatoires.

Nous sommes idéalement situés, au premier rang de la tribune officielle, attentifs, prêts à réagir au moindre chant à connotation homophobe. À nos côtés se trouvent Yveline Lallier, représentante de la FFF, Patrick Bel Abbes, représentant des délégués, et Yves Gimbert, de SOS Homophobie. Ce dernier était présent à Grenoble pour le premier match test. Aucun incident n’avait été signalé, si ce n’est un chant problématique trente secondes avant la mi-temps, noté dans le rapport. Depuis, aucun problème n’a été signalé.

Des « enculés » s’entendent avant le match, lancés par les supporters niçois à l’adresse de Daech, tandis que les Lensois réagissent lors de l’annonce des joueurs du Gym. La première période se déroule sans incident. « Rien à signaler », indique Bel Abbes. « C’est un brouhaha constant, mais nous n’avons pas entendu de chant insultant », ajoute Lallier, à l’exception de « enculé » à l’adresse du buteur niçois, consigné dans le rapport. « Il faudra rester vigilant en seconde période, car les supporters niçois pourraient se désintéresser du match », reprend Bel Abbes. La seconde moitié se révèle relativement calme, sauf en fin de match, lorsque les Niçois scandent huit fois : « Daech, on t’encule. »

À travers ce dispositif, la FFF souhaite faire passer un message clair, résumé par Vilotte : « Le football n’a pas de bulle de protection qui en ferait une zone d’extraterritorialité juridique. » Bien que la LFP « attende le rapport complet » avant de se prononcer, l’Association nationale des supporters n’est pas en faveur de cette initiative, la considérant comme « des comités de délation, dont les membres n’ont aucune compétence juridique ». Vilotte souhaite les rassurer : « Ces observateurs ne sont pas là pour jouer aux gendarmes, ils sont en tribunes pour observer ce qui se passe et, en cas de chant problématique, en rendre compte aux délégués. Leur avis est alors pris en considération. Qui pourrait s’y opposer ? Personne n’a de baguette magique, il faut agir. » D’après nos informations, alors qu’un bilan sera réalisé dans les jours à venir, il est déjà prévu que ce dispositif soit reconduit la saison prochaine à partir des 32es de finale.