
Les joueurs de Saint-Priest n’auraient jamais cru qu’au cœur de la Maurienne, à proximité des cols de Glandon et de la Madeleine, l’écart de six divisions ne découragerait pas leur adversaire du quatrième tour de la Coupe de France, l’AS Cuines-La Chambre. Cependant, ils ne s’attendaient pas à une élimination aussi surprenante, notamment à cause d’un lob de 40 mètres d’un ancien voisin qui a fait le tour des réseaux sociaux.
Rémy Suppo, qui a passé cinq ans près du stade de Saint-Priest (Rhône) au début de sa carrière, est revenu pour voir grandir ses enfants dans la région. Si son plus jeune fils faisait la sieste pendant le match, il aura la chance de revoir le but qui a enflammé le stade communal de Saint-Étienne-de-Cuines (Savoie) le 27 septembre 2026. « Sportivement, je ne vivrai rien de plus haut et ça commence seulement à redescendre, témoigne le milieu de terrain, qui travaille comme ascensoriste. Les jours qui ont suivi, c’était assez particulier, très intense mentalement et émouvant aussi. Pratiquement toute la semaine dernière, j’étais épuisé. »
Des jours à repenser à cette action incroyable, à la partager également. « Je suis entré en jeu (à la 54e minute) pour renforcer le milieu et maintenir le score de 0-0. Depuis le banc, j’avais remarqué que leur gardien était très avancé durant presque toute la première mi-temps. Je savais que s’il y avait une occasion, ce serait un tir de loin pour faire bouger les choses. Je n’ai pas hésité, je n’ai même pas regardé où était le gardien. J’ai eu de la chance, mais ce n’était pas le hasard, c’est exactement ce que je voulais faire. » Et ensuite? « Honnêtement, le cerveau déconnecte, on n’arrive plus à penser. Au coup de sifflet final, on ne savait plus comment réagir. Les larmes sont arrivées, on ne se contrôlait même pas. »
« La plus belle réussite des joueurs, c’est d’avoir emmené le public avec eux, explique l’entraîneur, Stephen Thomasset. Après le but, il restait encore trente minutes à jouer, mais je n’ai pas pu me faire entendre jusqu’à la fin tant le bruit était assourdissant ! Certains joueurs travaillaient le matin du match, j’ai cinq joueurs de plus de 35 ans et mon capitaine a 42 ans. Après le tirage, j’avais annoncé que nous avions 1 % de chances, mais qu’il fallait chérir ce 1 %. La vérité, c’est qu’il m’a fallu une semaine pour redescendre. On visionne le but 100 fois, les messages de nos proches 20 fois… Je n’aurais jamais imaginé les répercussions, le bonheur que cela diffuse autour de nous. »
Le buteur a également vécu des moments particuliers : « J’ai été félicité de partout, j’ai eu l’impression d’être la mini-star du coin, c’est plutôt agréable. On se dit qu’on n’a pas fait cela pour rien. » Lors du match contre Saint-Priest, il a parfaitement évacué la « rancœur » d’être remplaçant. Sur son premier ballon. Le dimanche suivant, lors d’un match de Championnat à Montmélian, il a ressenti, comme les autres, le contrecoup : « On a pris une bonne raclée (3-6). On n’avait pas d’énergie, on était comme 11 plots et on s’est bien fait bouger… » Un prix à payer, sans doute.
Un club en effervescence
Cela n’a cependant pas éteint l’effervescence. Le club de ce village de 1 200 habitants a découvert pour la première fois le 4e tour de la Coupe de France et sa distribution de maillots par la FFF la saison précédente. Le stade sera à nouveau plein pour son premier passage au 5e tour, encore contre un représentant de la banlieue lyonnaise. Le FC Colombier-Satolas évolue en R3, deux divisions au-dessus des Savoyards, qui sont en deuxième division de district (10e échelon national). Il découvrira ce dimanche cette pelouse abîmée par la sécheresse, à peine humidifiée par les pluies de cette semaine. Et l’engouement suscité par Suppo et ses coéquipiers.
Un moment inoubliable
« C’est exceptionnel, une telle chose n’arrive qu’une fois dans une vie », admet André Tognet, le président du club, licencié depuis cinquante-huit ans ! « Ici, c’est très familial, tout le monde se connaît, je suis né dans ce village et je ne l’ai jamais quitté. C’est l’euphorie, je peux difficilement faire un pas sans être interpellé. Les gens sont émerveillés, c’est incroyable, irréel. J’avais dit après le tirage que c’était impossible et qu’on voulait avant tout une belle fête. Je me suis bien trompé. »
Il a eu mieux qu’une belle fête. « C’est aussi grâce à Saint-Priest, dont le fair-play mérite d’être salué, insiste l’entraîneur savoyard. Avant, pendant et après, les joueurs et les dirigeants nous ont respectés de A à Z, ils ont eu une mentalité exemplaire. » Huitième-finaliste de l’épreuve en 2023-2024 (éliminée par Valenciennes, alors en L2, 1-2), l’ASSP a montré sa valeur même dans la défaite. Et c’est aussi beau qu’un lob de 40 mètres.