
Il est des moments où un stade peut être ébranlé par le silence, et celui-ci en était un. Avec l’absence de supporters visiteurs lors des derbies de Glasgow cette saison, le but décisif de Ryan Naderi a été accueilli par les coups de poing sur le plastique transparent du banc des Rangers et les cris des commentateurs. Un vide assourdissant d’apathie, le son d’un gouffre appelant, après trois défaites consécutives pour le Celtic et une course au titre qui s’ouvre.
Au cours des trois prochaines semaines, alors que le football de club fait place à la trêve internationale, des bruits et des voix viendront combler ce vide : certains utiles, d’autres moins. C’est un sentiment familier pour tout club de l’ampleur du Celtic, et la tentation sera de faire abstraction de ce vacarme, de maintenir le cap. Ce serait une grave erreur. Si le doublé de la saison dernière a montré comment ce club peut encore surmonter l’adversité, il n’y a plus de place pour se cacher, ni d’ambiguïté face à la chute alarmante des standards observée ici.
La supériorité des Rangers
Le but de Naderi, marqué de près après que le tir de Kim Min-su ait été repoussé dans sa direction par Viljami Sinisalo, est simplement le symbole le plus significatif de la supériorité des Rangers dans ce match. Derek McInnes est arrivé avec une équipe inchangée, des schémas de jeu cohérents, un milieu de terrain fonctionnel et affamé, apportant un certain ordre à leur chaos. Rien de tout cela n’a été visible du côté du Celtic depuis un certain temps.
Alors qu’ils luttaient désespérément pour égaliser dans les dernières minutes, ils peinaient à se créer une occasion, à s’emparer du ballon. Martin O’Neill a surpris en plaçant Luke McCowan au milieu, a abandonné sa défense à la mi-temps et a multiplié les substitutions, mais aucun plan n’a vraiment émergé de la brume. Le Celtic ressemble en fait à un enchevêtrement de câbles d’imprimante et de fils d’écouteurs au fond d’un tiroir : peu importe combien on essaie de les démêler, on ne sait jamais vraiment si l’on dénoue les fils ou si l’on les entortille davantage.

Questions sur l’avenir du Celtic
Il est donc temps de se poser des questions délicates. Callum McGregor, légende du club, est-il encore à la hauteur ? McGregor a 33 ans et est le capitaine, mais il semble désespérément à la traîne depuis un certain temps. Liam Scales doit-il être remplacé ? Kieran Tierney a-t-il encore les jambes ? L’un ou l’autre de leurs gardiens est-il réellement compétent ? O’Neill a-t-il l’expertise nécessaire pour les sortir de cette impasse ? Et ferait-on confiance à ce conseil d’administration, fondamentalement dépourvu d’expertise footballistique, pour superviser les changements nécessaires ?
La fin chaotique du mercato et l’échec européen calamiteux face à Lask donnent une illusion d’urgence, mais en réalité, ce groupe a besoin de renouveau depuis des années. Pourtant, peu des grandes recrues estivales semblaient prêtes à affronter un match de cette ampleur. Kasper Høgh n’est entré en jeu qu’à la mi-temps et n’a pas beaucoup apporté. Camilo Durán a donné du fil à retordre à Emmanuel Fernandez en début de match avant de disparaître. Mika Baur semblait dépassé, submergé par un milieu de terrain des Rangers supérieur non seulement en nombre mais aussi en intention.

James Penrice, en route pour devenir une légende du club après seulement neuf matches, était à nouveau le cœur battant de ce derby, son élément instable, son narrateur peu fiable : le latéral gauche s’infiltrant par le centre, apparaissant dans la surface, plaçant une tête juste à côté. À ses côtés, Dan Neill et Nicolas Raskin forment déjà un partenariat redoutable au milieu. Naderi et Kim semaient le trouble dans les zones offensives. L’équipe de McInnes n’est en aucun cas l’œuvre achevée, mais lors de leur plus grand test de la saison, ils ont montré unité et esprit, réalisant la tâche délicate de compétences répétables sous la plus forte pression.
Le fait qu’ils n’aient pas pu célébrer ce triomphe avec les supporters dans le stade est une source de regret, et une mesure de la laideur que ce match a revêtue. Il est évident que cet échec incombe non seulement aux deux bases de supporters mais aussi aux autorités qui ont permis à cette laideur de s’installer, qui ont affiché une position ferme sur le sectarisme mais ont peu fait en pratique pour lutter contre à la source. Au fil des ans, le Celtic contre les Rangers est devenu un type de match que l’on redoute plutôt que l’on apprécie. Mais c’est bien sûr le Celtic qui se réveillera avec la tête plus lourde lundi matin.